L’Oscar du meilleur joueur

J’ai commencé à suivre le basket il y a maintenant plus de 25 ans. En me plongeant dans l’histoire de ce sport, j’ai toujours pensé que quatre records NBA ne seraient jamais battus, ni même égalés.
Le record de minutes en moyenne sur une saison par Wilt Chamberlain tout d’abord : 48.5 en 1961-62 !!! On parle là d’un joueur qui en carrière tournait à 45.8. Quand on sait qu’en général la meilleure moyenne contemporaine tourne dans les 42-43 maximum, The Stilt peut dormir sur ses deux oreilles dans son immense cercueil.
Ensuite au niveau scoring, car qui dit Chamberlain dit surtout record de points : sa saison à 50,4pts de moyenne est évidemment inatteignable, tout comme ses saisons à 25-27rbs/match.
Et enfin, il restait le record le plus fou selon moi, celui d’Oscar Robertson : finir une saison régulière en triple-double. Être dominant et régulier dans trois catégories statistiques sur toute une année.

Comme par un curieux hasard, cette performance date également de l’exercice 1961-62; ce qui renforce encore plus l’idée que ces chiffres venaient bien d’un autre temps.
Dès lors, dans la NBA 2016-17, cela semblait encore plus impossible qu’une de ces marques tombent. Et pourtant, un homme l’a fait. Un joueur d’1m91. Russell Westbrook… qui, malgré cet exploit impensable, essuie encore des critiques.

D’abord vu que l’on parle de statistiques, évoquons les chiffres :
– 30.8pts (47.8%), 12.5rbs, 11.4pds pour Oscar en 44.3 minutes
– 31.6pts (42.5%), 10.7rbs, 10.4pds pour Russell en 34.6 minutes
La première chose qui saute aux yeux, c’est le temps de jeu. Près de dix minutes de différence entre les deux. Une stat symbole de l’activité de Westbrook sur un parquet.
Russ ne joue pas au basket, il vit le basket. Un match, c’est la vie ou la mort pour le meneur d’OKC. Russ West’ ne peut pas respirer à l’économie : c’est tout ou rien. À fond toujours, et c’est ça qui le rend fascinant.
Ensuite, le contexte est plus que différent et celui-ci ne plaide clairement pas en faveur de Westbrook.
Il y a 55 ans, la NBA ne comportait que neuf franchises. Autant dire que les trajets n’étaient pas comparable avec le rythme d’une ligue à 30 équipes. Pour preuve, la saison régulière était plus courte, les équipes pouvaient jouer trois soirs à la suite et leur grand road-trip ressemblait au quotidien d’une franchise actuelle. De plus, le jeu en lui-même était beaucoup moins défensif, il y avait plus de possessions et donc il était « plus facile » de faire des statistiques.

HATERS GONNA HATE

Reste qu’en 2017, la tendance est juste à la critique. Dans ce bas monde, on mise tout sur le négatif et si possible en étant le plus acerbe. L’essentiel est de rabaisser ou de diminuer les choses extraordinaires : ça fait bien, c’est une posture et bien qu’elle soit ridicule, l’important est de la maintenir.
Alors, beaucoup de pisse-froids ont rabâché toute l’année que Westbrook ne jouait que pour sa gueule, que pour ses statistiques et le record. Pourtant, les faits sont là et ils font mal aux rageux.
Sur ses 42 triple-double, Westbrook présente un bilan 33 victoires pour 9 défaites. Sur ces 9 revers, quatre se jouent sur un écart de 5pts ou moins.
À l’exception des Warriors et des Pacers, OKC a battu au moins une fois les équipes qualifiées pour les playoffs.
Treize triple-double ont été réalisés en trois QT, en assurant l’immense majorité du temps un succès à sa franchise.
Aucun joueur en carrière n’avait réalisé trois triple-double en marquant 50pts : RW l’a fait trois fois cette année, pour trois victoires évidemment.

Les « grands experts » peuvent théoriser autant de temps qu’ils le veulent, une chose est certaine : quand Russell Westbrook réalise un triple-double, son équipe a plus de chances de remporter le match. Et cela ne date pas d’aujourd’hui…
De fait, en carrière, le meneur d’Oklahoma City affiche un bilan plus que reluisant lors d’un match en triple double. Jugez plutôt face aux autres spécialistes (chiffres via basketball reference, à partir de 1983-84) :
– Larry Bird 39W-7L (84,8%)
– Russell Westbrook 66W-13L (83,5%)
– Magic Johnson 74W-17L (81%)
– Michael Jordan 21W-7L (75%)
– LeBron 41W-14L (74,5%)
– Jason Kidd 71W-36L (66,3%)
– Fat Lever 27W-16L (62,8%)
Et avec tout le respect que l’on doit à Larry Legend, le supporting cast des Celtics était légèrement (légèrement hein) plus fort que celui du Thunder 2016-17.

Tiens les coéquipiers, parlons-en. Paraît-il qu’ils sont tous saoulés de jouer avec le numéro 0. Étant donné leur joie lors des victoires à l’arraché, leur campagne pour qu’il soit MVP, on peut en douter.
Côté individualités, l’entourage est plus que standard. N’en déplaise aux hurluberlus, c’est un fait incontestable. Pas l’ombre d’un All Star (Victor Oladipo en est très loin), très peu de shooteurs fiables et pas d’intérieurs dominants. Des joueurs de devoirs, qui aiment jouer avec lui. Manque de chance pour les rabat-joie qui le taxent d’individualisme, RW est adoré par ses coéquipiers qui lui facilitent le travail au rebond défensif. Une preuve supplémentaire que toute l’équipe était avec lui pour briser ce record.
Cela n’a pas empêché The Brodie d’aller chercher 1.7rbs offensifs en moyenne. Un chiffre que Kobe Bryant n’a jamais atteint et que LeBron James (plus grand de 12-13cm) n’a dépassé qu’à une seule reprise dans sa carrière.
Enfin, WestBeast a réussit un autre exploit inouï cette saison : être le premier joueur égoïste à tourner à plus de 10 passes par soir !!! Joli paradoxe, non?

Les rageux viendront parler de son nombre de pertes de balle et de ses pourcentages. Il faut bien leur laisser quelques billes. Ils se garderont bien de signaler que toutes les actions passent par lui, chose qu’ils font pour rappeler les statistiques flatteuses.
Ils éviteront également d’avouer que les défenses adverses se focalisent essentiellement sur lui et que celui-ci doit souvent jouer pour rattraper la faible productivité de son banc (ah le coaching et les rotations de Billy Donovan, tout un programme).

Internet possède aussi le talent pour créer des légendes urbaines. Une d’elles concerne Westbrook, et son (soi-disant) manque de clutch.
Kevin Durant ayant quitté sa zone de confort, Russ West a pris les choses en main dans les fins de matchs cette saison. Et pas qu’un peu :
– le 28 octobre, il arrose à tout-va contre Phoenix en QT4 avant d’inscrire le lay-up pour passer devant à 8 secondes en prolongation, suivi de deux LF pour terminer le travail.
– le 2 novembre, contre les Clippers, il rattrape ses turnovers avec des interceptions suivi de paniers avant de planter le tir qui met fin au suspense à 19 secondes du terme.
– le 16 novembre, le #0 postérise Clint Capela pour mettre les Rockets à -5 à six secondes de la fin.
– en décembre, et par deux fois, il est en pleine folie face aux Celtics en inscrivant respectivement 8pts et 15pts dans les… trois dernières minutes !!!
– le 23 janvier, dans le money-time, il cumule 13pts à 4/6 aux tirs, 3rbs, 2pds pour battre les Jazz; avec le game winner qui va bien.
– le 26 janvier, les Mavericks lâchent un 13-3 pour revenir à -4 à sept minutes de la fin. Le show Westbrook peut alors commencer : 17pts, et Dallas repart avec une défaite.
– le 3 février, Memphis mène 99-102 à 2″51 du terme. Puis l’animal aligne 15pts de suite pour un score final de 114-102.
– deux jours plus tard, Westbrook plante 17pts dans les six dernières minutes pour gagner son duel à distance contre Damian Lillard.
– le 26 février, E’Tawn Moore énerve la bête en permettant aux Pelicans de revenir à -3 avec 3″50 à jouer. La machine infernale se met en route : 13pts (4/4 aux tirs, 5/5 aux LF) pour un nouveau succès dans la besace.
– le 28 février, il s’offre le combo trey/rebound/lay-up/and one pour crucifier les Jazz dans la dernière minute.
– le 27 mars à Dallas, le Thunder accuse 13pts de retard à 3″30 de la fin. Gros problème : quel problème? Beastbrook marque 12pts dans un 14-0 avec en prime le tir de la victoire.
– le 29 mars à Orlando, il s’empare du record de points dans un triple double avec une pointe à 57 !!! Le tout après avoir régné comme jamais dans le money-time : 19pts dans les six dernières minutes pour un comeback retentissant et avec le trey pour offrir la prolongation aux siens. Derrière, il cumule 7pts/4rbs/2pds en OT et renvoie les joueurs d’Orlando à leurs études.
– le 5 avril, il plante la bombe pour le +4 à 14 secondes du terme avant de provoquer l’interception dans les mains de Marc Gasol et de finir le travail aux LF.
– le 9 avril, lors du match où il bat le record d’Oscar Robertson, il écrit son propre chef-d’œuvre. À un peu plus de cinq minutes du terme, son équipe compte 14pts de retard, le moment choisit par le Brodie pour rentrer dans un acte de démence : 18pts dont le buzzer-beater à trois-points afin d’agrandir sa légende. RIDEAU.
Et parait-il que Westbrook n’est pas clutch… Oui oui

                  Le « meilleur pivot de la NBA » en difficulté…

Non, Russell le rebelle est bien plus que ça. C’est un patron, comme aucun autre joueur actuellement. Tout repose sur ses épaules, et il répond présent. Oui, il y a du déchet, des tirs ratés par moment, des turnovers. Oui il y a des erreurs. OUI tout n’est pas parfait. Évidemment.
Mais son leadership est tel que personne ne devrait lui reprocher. Sans lui, OKC serait actuellement en stress pour connaître leur place à la Draft lottery. Avec lui, les pensionnaires de la Chesapeake Energy Arena ont décroché la sixième place à l’Ouest, conférence bien plus relevée que l’Est.
Sachant que le Thunder a dû composer avec quelques blessures importantes (Kanter, Oladipo) et un trade en cours de saison, qui a changé son cinq majeur, la performance est réelle.

Orphelin de KD, l’ancien d’UCLA avait des choses à prouver au monde entier. Il l’a fait. De façon XXL. Avec lui, impossible que ce ne soit autrement.
Westbrook est un joueur à part dans l’histoire. Unique en terme d’intensité, car celle-ci est permanente. Il déborde d’activité, des deux côtés du terrain. Il y croit toujours, malgré des déficit de points ou des passages à vide.
De plus, il a progressé dans son tir extérieur : il dégaine plus et surtout mieux longue distance. Sans être Stephen Curry, il reste une menace longue distance à surveiller.
Reste la vérité des playoffs.
Il est impossible de voir OKC sacré champion NBA cette année. L’élimination au 1er tour semble écrite, encore plus face à l’adversaire qui compte une attaque royale.
On comptera bien sûr les rageux pour évoquer les %, ballons perdus et tirs importants ratés. C’est quand même plus facile que de repenser à la chance que l’on a eu de vivre un récital aussi fou. Peut-être la saison régulière la plus incroyable au niveau individuel, tout simplement.
Malheureusement pour lui, le hater vit dans le négatif. Heureusement pour nous, Westbrook lui symbolise tout le contraire.

JB

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