Cantona-Ibra, même combat

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Deux artistes du ballon rond. Dans le vrai sens du terme. L’un a régalé l’Angleterre de ses inspirations, l’autre est capable d’exécuter des gestes techniques hors norme. Ils ont marqué tous les deux leur époque, par leur coup de génie, leur frasque et leur personnage qui détonnent. Ces deux joueurs se retrouvent aussi au carrefour des grands rendez-vous manqués. Car oui, Éric Cantona et Zlatan Ibrahimovic ont pour autre point commun d’avoir été très trop souvent absents lors des gros matchs européens et internationaux.

Éric Cantona est devenue une star mondiale en Angleterre. Avant ça? Un vrai bon passage à Auxerre avant un prêt à Bordeaux tacheté d’une panenka ridicule contre Beauvais en Coupe de France.
Sa période marseillaise (en deux parties) est marquée par les problèmes avec les coachs. Incident avec Gérard Gili (on jette le maillot parce qu’on est un bad boy de Marseille) suivie d’une mésentente totale avec Raymond Goethals, le successeur de Franz Beckenbauer. Le tacticien Belge considère Cantona (revenu de blessure) comme remplaçant, un choix que l’attaquant n’apprécie pas après un début de saison correct. La grande gueule le fait savoir en toute humilité : « On ne met pas Cantona sur le banc de touche ». La réponse de Raymond la science est passée à la postérité : « Prends une chaise et assieds-toi à côté alors ».
Une décision contestable? Non. L’entraîneur a vu juste : l’OM gagne sans lui et comme par miracle, c’est sans Cantona que Marseille atteint la finale de la C1 après avoir éliminé le Milan de Sacchi.
Au final, son seul fait de gloire dans l’Hexagone reste la victoire en Coupe de France avec Montpellier (victoire 2-1 contre le Racing) dans un match très moyen. L’autre fait majeur est son dérapage à Nîmes qui amène son départ pour l’Angleterre.

En Grande-Bretagne, Canto débarque à Leeds. Une bonne décision vu que le club est premier du classement et termine la saison 1991-92 champion. En France, on nous vend l’idée d’un Cantona décisif dans la quête du trophée. En réalité, le frenchie est plus souvent remplaçant que titulaire et sa part de responsabilité dans le titre est mineure.
Elle est par contre immense dans le succès du Charity Shield où il plante un triplé contre Liverpool (victoire 4-3). Il devient alors titulaire pour la nouvelle saison et voilà que Leeds dégringole. En Coupe d’Europe, ce n’est pas mieux. Élimination contre Glasgow au second tour, après l’avoir frôlée contre Stuttgart en ouverture avec un Cantona décevant. La chance est pourtant au rendez-vous avec un transfert pour Manchester United où il tombe dans une équipe remplie de patrons (Denis Irwin, Peter Schmeichel, Paul Ince, Gary Pallister, Brian McClair). Forcément, les titres tombent, son impact est indéniable mais celui-ci ne s’arrête qu’au championnat. Car en Coupe d’Europe, ça flop en permanence. Élimination au second tour contre Galatasaray en 1993-94, élimination en poule en 1994-95 avec la défaite cruciale à Göteborg. Certains diront que sans lui c’est encore pire, comme en témoigne la bavure contre Volgograd en Coupe UEFA 1995-96.

En 1997, United parvient en demi-finale de LDC contre Dortmund et Cantona en profite pour offrir deux minables prestations, avant de partir à la retraite. Et comme par un curieux hasard, MU devient alors incontournable en Europe, n’en déplaise à certains. Une année d’adaptation (1997-98) sans le Français, et les Red Devils font le fameux Treble (Premier League, Cup, Champions League). Les Scholes, Beckham, Butt ont pris du poids sans lui. Beaucoup plus de poids. Cantona, c’est le type de gars que t’aimes avoir pour construire ta maison mais dont tu passes volontiers lors des soirées piscines.

La plus grande chance d’Éric Cantona fut d’arriver dans un championnat qui cherchait un nouveau départ. La Premier League est née en 1992-93 et avait besoin d’attirer les regards pour prendre une dimension planétaire. Quoi de mieux qu’un footballeur français à la forte personnalité pour faire parler dans la Perfide Albion?
En France, Canto a bénéficié d’une époque où les matchs n’étaient pas tous diffusés. Les fans se contentaient des résumés de L’équipe du dimanche, émission qui a grandement participé à la popularité du numéro 7. Soutenu par certains journalistes-ami, Didier Roustan en tête, Cantona a vu son image être mis en avant constamment. Même lors de ses dérapages, comme le fameux kick de Crystal Palace, il ne fut pas mis bien longtemps au pilori comme l’auraient été tant d’autres dans les années 2010’s. Car dans les 90’s, la critique est moins permanente et surtout moins acerbe. Le football commence à prendre une vraie importance, alors qu’aujourd’hui il est devenu tout simplement incontournable.
Au Royaume Uni, Cantona a eu le mérite de faire parler de lui grâce à ses punchlines et à son charisme naturel. Une attitude culte, qui lui valut le surnom de « The King ». Un Roi oui, mais sans couronne. D’un point de vue sportif, il ne possède aucune référence au niveau européen. Une particularité pas si étonnante pour un joueur qui n’a jamais été très déterminant en équipe de France.
En sélection, Cantona fait partie du naufrage de l’équipe de France pour la Coupe du monde 1994 après un Euro 1992 très décevant.
Son seul titre est l’Euro espoirs en 1988, où il fut très bon en demi-finale… contre l’Angleterre. L’histoire retiendra aussi que Cantona ne participa pas à la finale retour. Après l’aller (0-0), les Bleuets l’emportent 3-0 au retour sans lui avec un tandem Bruno Martini – Franck Sauzée incroyable. Où quand être important pour commencer l’aventure ne signifie pas être nécessaire lorsqu’il s’agit de la terminer.
Éric Cantona avait du talent, incontestablement. Du génie même parfois. Agréable à regarder, notamment sur ses prises de balles ou dans ces coups de chauds. Malheureusement, les ratés furent nombreux. Et souvent au mauvais moment.

Une caractéristique encore plus prononcée chez Zlatan Ibrahimovic.
En sélection tout d’abord avec son tir au but dans les nuages en quart de finale de l’Euro 2004 contre les Pays-Bas. Élimination. En 2006 à la Coupe du monde, il n’existe pas contre l’Allemagne et la doublette Mertesacker-Metzelder. Élimination. Lors de l’Euro 2008, il ne fait pas la décision dans le dernier match de poule contre la Russie. Élimination. Quatre ans plus tard, son meilleur match de la compétition fut contre la France en étant royal… performance à relativiser quand on sait que la Suède était déjà éliminée. Reste un but de maboul, qui fait le tour du monde.
Car marquer des jolis buts, Ibracadabra sait faire. La preuve avec son acrobatie contre l’Italie en poule (2004) ou encore sa minasse contre la Grèce (2008). Pour inscrire des buts importants, peser sur une rencontre décisive par contre…
Á l’automne 2013, Zlatan obtient une occasion en or de redorer son blason. La Suède retrouve le Portugal en barrage pour une place au Mondial 2014. Un duel qui tourne vite à l’opposition de stars entre Cristiano Ronaldo et Zlatan Ibrahimovic. Le monde a les yeux braqués sur cet affrontement, et Ibra peut marquer les esprits tout en changeant sa réputation.
Après les matchs aller-retour, la différence saute aux yeux. CR7 termine avec quatre pions, une transversale et une activité permanente. Zlatan marque deux buts, sans rien faire à côté. Un sur corner, un sur coup franc. Comme un symbole, c’est quand le jeu est en phase arrêté qu’il fait la décision. Zlatan n’apporte absolument rien dans la construction. Transparent à l’aller, il se contente de deux fulgurances au retour pour sauver la face et faire parler les groupies.
Car Zlatan conserve ce statut d’intouchable, malgré tous ses ratés. Si l’Europe du football l’a plutôt compris, une partie des fans préfèrent rester aveugle. Pourtant, le CV en club aurait dû leur redonner la vue…
Depuis qu’il est star, Ibra enchaîne les contre-performance en Coupe d’Europe. Á la Juve tout d’abord, où il plante seulement trois fois en deux saisons (19 matchs) dont deux fois contre la terrible équipe du Rapid de Vienne. En grande difficulté en huitième de finale contre le Werder (2005-06), Fabio Capello préfère le sortir à chaque fois à l’heure de jeu.

Á l’Inter ensuite, où Roberto Mancini en fait son homme fort. Forcément, les Nerazzurri se font sortir chaque année après la phase de poule. Ibra est incapable de faire la décision, ne serait-ce qu’une fois, contre Valence (2007) et contre Liverpool (2008). La saison suivante, José Mourinho arrive aux manettes et comprend vite le problème. Fort en championnat (25 buts) et faible en LDC. Dans un groupe comprenant le Panathinaïkos, le Werder Brême et Anorthosis, l’Internazionale termine deuxième de poule avec huit points et un Zlatan à la ramasse. Six matchs, un but… à la 88ème contre le Werder lors de la dernière journée. En huitième de finale, Manchester United se qualifie (0-0, 2-0) et Zlatan est muet une fois de plus.
Un an plus tard, le club de Massimo Moratti fait le triplé Calcio-Coupe-LDC sans lui.

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Mes que un flop

Car à l’été 2009 et champion d’Europe en titre, Guardiola décide d’échanger Samuel Eto’o et de l’argent (46M) pour le Suédois (on ne rigole pas s’il vous plaît). Au poker, on appelle ça une mauvaise lecture. Évidemment, la fin de saison se termine en bad beat avec une élimination en demi-finale de LDC… contre l’Inter (tiens, tiens). Zlatan arrive chez les vainqueurs et les transforme en vaincus : une coïncidence pour certains, une évidence pour d’autres.
Á travers les requins espagnols, Zlatan fait office de fish et Guardiola décide de ne pas recaver. Neuf mois plus tard, le Barca voit la vie en rose en raflant tout, avec un niveau de maîtrise rarement atteint.
Quand ce genre de coïncidence se répète deux fois, ça s’appelle une preuve.

Zlatan a besoin d’être la star de l’équipe, à défaut d’en être le leader. Alors direction le Milan AC, club légendaire par excellence et à la recherche d’un second souffle. Reprendre vie médiatiquement dans le pays avant d’exister sur le Vieux Continent, tel est le programme des Rossoneri.
La phase 1 est parfaitement réussie avec le Scudetto 2010-11 (dans une Serie A faible) et le titre de Capocanoniere en 2011-12 pour le Suédois (28 buts). Pour la phase 2, Zlatan fait du Zlatan. C’est-à-dire, pas grand chose. Transparent en huitième de finale contre Tottenham (2011), il est excellent en 2012 contre Arsenal (4-0)… au match aller. Rassurez-vous, Ibrahimovic n’est capable que de one shot. Au retour, Ibra est imbuvable et n’aide pas les siens lors de la revanche des Gunners (3-0). En quart de finale contre Barcelone, Zlatan rate l’immanquable à l’aller (0-0) et offre une prestation insuffisante au retour (défaite 3-1).

Puis viens la période Paris où le club de la capitale décide de frapper un grand coup en se payant un grand nom du football. Au PSG, son impact est réel en championnat avec des buts livrés chaque semaine. Reste qu’en Ligue des champions, Ibra ne passe toujours pas le cap. Le seul exploit du PSG version Qatari? Le match nul qualificatif contre Chelsea en 2015 (2-2). Une rencontre que Zlatan quitte à la demi-heure après une stupide expulsion…
Avant et après, un ramassis de mauvaises prestations. Ibra marche, décroche, détruit un jeu parisien qui a besoin de fluidité. Avec lui sur le terrain, Paris joue à 10. Ou l’adversaire évolue à 12 plutôt, tant le Suédois parasite ses coéquipiers. Et malgré tout, les soutiens sont encore là.

Car si Cantona a bénéficié du manque de diffusion des matchs, Zlatan lui profite de la tonne de footix qui traîne sur Twitter et l’ensemble d’internet.
Des groupies qui viendront nous rappeler que l’un a marqué un but primordial en finale de Cup (1996 contre Liverpool) alors que l’autre a claqué un doublé en finale de Coupe de la ligue (2015 contre Bastia). La marque des très grands joueurs donc.

JB, sur une idée originale du camer
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3 commentaires on “Cantona-Ibra, même combat”

  1. Sacha B. dit :

    Le football c’est aussi du romantisme. Une main de Maradona, un coup de tête de Zidane… les punchlines d’Ibra et le fly-kick de Cantona. Tout ça reste et restera plus dans les mémoires que les titres.

    • coup2sport dit :

      On a pas tout à fait la même définition du romantisme.

      Après oui, leur personnage resteront et c’est pas donné à tout le monde. Ça ne les empêche pas d’être surcoté pour autant.
      Des mecs comme Crespo ou Vieri ont pas un palmarès de dingue, mais ils répondaient présent.


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