Mémoire courte

pau-gasol-l-and-dirk-nowitzki-are-two-of-the-best-european-players-in-the-nbaLégendes vivantes

Vingt-quatre heures après le sacre de l’Espagne, une question revient de plus en plus sur le devant de la scène : et si Pau Gasol n’était pas le meilleur basketteur européen de l’histoire? Après un Euro dominé de la tête et des épaules, certains cherchent la réponse, ouvrent le débat alors que celui-ci ne devrait même pas exister.
Cette question intervient dans un monde où la culture de l’instant prime sur tout le reste. Ce fameux instant T qui balaye tout, même les plus grandes performances d’antan. On ne vit que dans le présent, en pensant au futur tout en oubliant le passé. Les réseaux sociaux diffusent l’information et les images sans le moindre recul. Il faut tout faire, vite, quitte à bâcler l’information et donc l’analyse. Aujourd’hui, tout le monde a en tête le monstrueux 40pts/11rbs posté par Gasol à la France. Un match de mammouth, à l’image de son tournoi. Oui, Pau Gasol vient de sortir le plus bel Euro pour un joueur de 35 ans et cette compétition restera son chef-d’œuvre. Mais pour autant, cela ne peut pas effacer toute l’histoire.

Si le débat n’a pas lieu d’être, c’est à cause d’un joueur, Dirk Nowitzki. Le meilleur joueur européen de l’histoire, c’est lui. Et pour longtemps. Les raisons sont multiples. Tout d’abord, le Wunderkind a su faire taire les critiques d’une NBA encore méfiante envers les joueurs du Vieux Continent. Ensuite, il a su s’imposer en tant que franchise player, sur le long terme. C’est en tant qu’option numéro 1 que son équipe a fait ses meilleurs résultats. Et surtout, il a réussi à emmener seul sa nation sur un podium européen et mondial. Car quand les Sabonis, Petrovic, Gasol, Parker ont eu un supporting cast important voir très lourd, Dirk Nowitzki lui a dû se contenter de joueurs standard. Okulaja, Demirel, Femerling, Garrett, Roller, Greene, Pesic et consorts sont tous respectables mais aucun de ces joueurs-là ne restera dans les mémoires. Pas un seul top 50 de l’histoire, ni même un top 100. Niveau soutient NBA, le grand blond a eu le droit à Shawn Bradley (LOL) et à Chris Kaman (J.O 2008 et Euro 2011). Alors la valeur des coéquipiers, c’est peut-être un détail pour vous mais dans le sport de haut niveau ça veut dire beaucoup.
C’est la dure loi du sport collectif. Là où le tennisman ne peut avoir que pour obstacle une génération adverse incroyable, le basketteur lui dépend de son entourage. Et à l’inverse du club, difficile de changer de maillot en court de route.
Pau Gasol a remporté trois Euro de basket et un titre de champion du monde avec pour partenaires :
– Juan Carlos Navarro (MVP de l’Euro et du Final Four, élu cinq fois dans l’Euroleague 1st Team)
– Marc Gasol (All Star et meilleur défenseur NBA)
– José Calderón (titulaire NBA incontestable, dans le top 5 des meilleurs passeurs à quatre reprises)
– Sergio Rodríguez (MVP de l’Euroleague)
– Serge Ibaka (meilleur contreur NBA à deux reprises et parmi les meilleurs défenseurs)
Plus un tas de joueurs calibrés pour le jeu FIBA tel que Felipe Reyes, Rudy Fernandez, Jorge Garbajosa, Sergio Llull, Carlos Jiménez ou encore Ricky Rubio.
Quand Ibaka ne vient pas, c’est Nikola Mirotic qui débarque. Ce genre de solution de rechange que Nowitzki aurait aimé avoir, ne serait-ce qu’une fois.

L’argument du nombre de titres revient sans cesse dans ce débat, comme s’il était LA vérité. Où quand Robert Horry est meilleur que LeBron James #exageration
Dans ce domaine, tout est question de génération. Qui peut croire qu’accompagné de Detlef Schrempf, d’un Chris Kaman en pleine forme et d’un Dennis Schröder né en 1980, le Dirk de la grande époque n’aurait jamais ramassé l’or? On est dans le basket fiction? Peut-être. Reste que l’Espagne est devenu championne du monde en 2006 sans Pau Gasol en finale. En collant un +23 à des Grecs qui venaient d’éliminer les USA. Comme quoi l’entourage est tout de même un brin important pour ramener l’or… Ou même accrocher une belle médaille d’argent olympique, voire deux.
En finale 2008 à Pékin, si la Redeem Team tremble c’est évident à cause d’un fabuleux Gasol (21pts/6rbs). Mais aussi des cinq autres espagnols qui sont en double figure aux points. Rebelote quatre ans plus tard à Londres, où le génial Pau noircit la feuille (24pts/8rbs/7pds) pendant que le trio Navarro-Fernandez-Gasol cumule 52pts. Avec un Ibaka (12pts/9rbs) solide en-dessous et un bon Sergio Rodriguez dans la distribution (6 passes), ça aide à pousser les Ricains dans leur dernier retranchement.

Pour certains, l’avantage de Dirk, c’est qu’en étant seul capitaine à bord, il est forcément plus simple pour lui de compiler des stats. La bonne blague prend fin quand on sait qu’il est ciblé par les défenses qui n’ont qu’à se charger de lui pour régler le problème germanique. Concentrez-vous sur Pau Gasol et son frangin, Navarro ou Fernandez vous sanctionnera immédiatement. La FIBA est bien différente de la NBA et ça change tout dans le débat. En Europe, le collectif prime et c’est bien plus compliqué de faire un one-man-show soir après soir. La différence majeure est que Gasol a le droit d’être moyen, voir absent, alors que Dirk se doit d’être génial. Et quand bien même, parfois ça ne suffit pas…
En 2001, après avoir fait voler en éclats la France (32pts à 13/21), Dirk et son Allemagne tiennent tête à la Turquie en demi-finale de l’Euro avant que le numéro 14 soit fouled-out en prolongation : Hedo Türkoglu termine le travail, avec aucun répondant en face. Lors du match pour la médaille de bronze, Dirk compile un petit 43pts/15rbs/3pds. Insuffisant malheureusement. En face, c’est l’Espagne (tiens tiens) qui repart avec la breloque. Merci Pau Gasol (31pts/10rbs)… et les 27pts de Navarro. Le meilleur supporting cast de Nowitzki ce jour-là? Patrick Femerling et ses 14pts.
Aux championnats du monde d’Indianapolis en 2002, c’est la revanche pour la Nationalmannschaft et une victoire en quart contre la Roja de Pau Gasol (70-62). Les Allemands iront chercher le bronze, aux dépens de la surprise Néo-Zélandaise et Dirk sera MVP du tournoi.
En 2005, le Wunderkind réalise un des plus bel Euro de l’histoire. Des performances irréelles, qui lui vaudront une standing ovation de la part du public serbe à sa sortie en finale (où il a arrosé à trois-points, 1/8). A l’époque, pas autant d’internet mais des images qui marquent les esprits. Festival de clutch, avec notamment le scalp de la Russie de Kirilenko avant de tuer les Espagnols d’un shoot mémorable en demi-finale.


Même sans les médailles, Dirk a charbonné. Comme lors des championnats du monde 2006 ou de l’Euro 2007 quand il permit à son pays de finir 5ème après un tournoi de haut standing en terminant meilleur marqueur (24pts) et deuxième rebondeur (8.7rbs). Mais vu qu’il n’a pas gagné l’or, à quoi bon relever…

L’idée n’est pas de rabaisser Pau Gasol mais plutôt de remettre le Roi sur son trône. Car de plus, la carrière NBA est un peu vite zappée dans ce débat alors qu’elle tient une place primordiale. Argument difficile pour les Galis, Bodiroga et autres absents, mais le CV est incomplet pour toujours désolé.
Reste la concurrence directe, et il y a du beau monde. De l’autre côté de l’Atlantique, Pau Gasol a fait ses preuves, c’est le moins que l’on puisse dire. Opérationnel d’entrée de jeu (rookie de l’année 2002), il a su faire preuve d’une régularité remarquable. All Star à plusieurs reprises, il a gagné des titres (2009, 2010) et aurait sans aucun doute mérité le titre de MVP de la finale 2010.
Tony Parker lui a plus de bagues que tous les autres, obtenu à force de travail et grâce à une grande régularité. Toujours est-il que le frenchie n’a jamais été la première option de son équipe, et qu’il a bénéficié d’une équipe structurée de A à Z. Les fondations étaient déjà là à son arrivée. Et puis quand on évolue à côté du meilleur ailier-fort de tous les temps, ça aide quand même pour remplir la vitrine.
Drazen Petrovic n’a pas joué assez longtemps alors qu’Arvydas Sabonis est arrivé trop tard. Quant aux Divac, Schrempf et Kukoc, ils ne boxent pas dans la même catégorie malgré leur immense talent.
Quoi qu’il en soit, aucun n’a approché le niveau de Nowitzki dans la grande ligue. Qu’ils ne se vexent pas, beaucoup sont dans le même cas. Jamais les Gasol, Petrovic et autres Parker n’auraient pu emmener une franchise NBA au titre de champion en étant le leader. Jamais l’un de ces joueurs n’a pu titiller le trophée de MVP, que Dirk aurait mérité de remporter à deux reprises d’ailleurs (ah ce vol de 2005-06…). Jamais l’un de ces joueurs n’a pu être aussi décisif, aussi patron et aussi indéfendable que Nowitzki l’a été de 2004 à 2011.
Dirk a mis fin au débat pour toujours en juin 2011, quand après des playoffs légendaires remplis de clutch, il fut sacré champion, au nez et à la barbe des Tres Amigos.
Oui, Nowitzki défend mal. Mais soyons honnête, même s’il est meilleur dans ce domaine, Tony Parker n’est pas non plus une sangsue.
Oui, Nowitzki s’est déjà raté en playoffs. Mais pas autant que Pau, qui mine de rien a ramassé pas mal sweep dont deux dans la trogne face à l’Allemand.
Oui, Nowitzki a des carences dans son jeu. Mais il reste plus complet statistiquement qu’un Drazen Petrovic, aussi fort fut le Mozart du basket.
Pour Sabonis, difficile de se prononcer vu l’âge auquel est arrivé le Lituanien en NBA. On peut tout de même penser que sur le long terme, il n’aurait pas pu enchainer autant de matchs que le teuton.

Dirk n’a aucun équivalent européen en terme de régularité, de statistiques et de palmarès individuel en NBA. Au niveau international, il paye son manque de titres alors que ses médailles de bronze et d’argent valent clairement de l’or. Si seulement Twitter avait existé en 2001, beaucoup de monde l’aurait compris.

JB

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