Faudrait consulter

Dppi_40910149_016-1024x753Zéro de conduite

Juin 1998. Canal+ sort le grand jeu et met en place un dispositif encore jamais vu en France afin de couvrir une coupe du monde de football. Diffusion en intégralité de tous les matchs, caméras opposées, multiplex, reportages en tout genre, interview permanentes, rubriques folklorique et surtout analyses par le biais de consultants de choix: les Luis Fernandez, Arsène Wenger, Jean Tigana, Guy David, Jean-Claude Suaudeau, Michel Mézy et toute une clique issue de la famille du football donnent leur avis tout au long de la compétition. Leur temps de parole est long et la qualité des interventions est réelle. Le téléspectateur est conquis et si tout le monde s’accorde à dire que le footix est né le 12 juillet 1998, force est de constater que la profession de consultant sportif a pris son envol suite au succès de l’équipe d’Aimé Jacquet.
Dès lors, le concept est repris partout. Tous les sports y ont droit (tennis, hand, rugby) et l’arrivée d’internet rajoute du piment à la tendance: les blogs de spécialistes apparaissent en masse, la méchanceté (et la franchise) en plus car on est sur le web et donc face à un public plus cynique.
Les passionnés y trouvent des nouveaux sujets de conversation et surtout les néophytes en ont pour leur argent avec ce côté « sport grand public ». Car la chance des médias sportifs français est d’évoluer dans un pays qui ne possède aucune culture sport. Énormément d’amateurs pour très peu d’addict. A partir de là, on suit le sens du vent en disant un peu tout et principalement n’importe quoi. Et alléluia, cela plaît à la populace: la courbe des audiences est au rendez-vous alors tant pis pour l’éducation des esprits. La majorité des fans de sport s’installe devant la télé comme on se pose au bistrot. Les consultants deviennent des stars du petit écran ou de la radio. Articles, entretiens, invités dans les talk-show; ils sont omniprésents et en profitent pour se faire une réputation.

Le profil du snipper devient la référence: celui dont on attend la petite saillie comme on guette le dribble de trop de Jérémy Ménez. Le côté anti-Drucker est présent, le respect du public en moins. Car il est fascinant de constater que dès qu’on est dans la contradictions sur internet ou à la radio, le consultant s’enflamme, s’énerve et ressort tout son palmarès pour mieux faire oublier son manque d’arguments: les journalistes aiment s’écouter parler et détestent qu’on les reprenne.
Pourtant quand on les encense ou qu’on les follow, ils s’en foutent de savoir si on a fait des études de journalisme. Pareil quand il s’agit de les élire meilleur intervenant de la télé. Mais quand on émet une critique sur leur travail, RECULEZ !!!! Au choix: on a le droit à un blocage sur twitter, un standard « écoute j’ai fais cela dans ma vie » ou un rabaissement verbal comme Daniel Riolo aime si bien le faire; où quand le petit monde du journalisme se veut intouchable.
Eux qui passent leur temps à juger (et surtout à casser) vivent très mal les critiques extérieures. Pourtant, il y a beaucoup de choses à redire…

Égo, foutages de gueule et incompétence
Car désolé mais quand on entend en 2013 ce bon vieux Christophe Dugarry nous expliquer qu’il n’y avait pas penalty sur la simulation de Ravanelli en 1997, on peut se dire qu’il n’y a pas besoin d’avoir fait le doublé Mondial-Euro pour analyser un fait de jeu.
Quand Pierre Ménès nous explique « qu’en 2000, Luis Figo a globalement rien foutu pour obtenir son ballon d’or », ça laisse songeur quant à l’obtention de la carte de presse. Parce que si tout le monde a le droit de se rater sur un pronostique du fait que le sport reste souvent imprévisible, il est proprement scandaleux de ne pas comprendre des faits passés pourtant plus qu’évident. Cela relève de la faute professionnelle et personne est là pour leur rappeler.
Les détracteurs d’Evra ont, à juste titre, maintes et maintes fois souligné que le fait de ne pas être ancien footballeur leur donnaient tout de même le droit de l’ouvrir. Rassurez-vous, cela s’arrête à leur petite personne car si t’es pas dans le journalisme ou que tu penses différemment, tu fermes ta gueule.
Pourtant, restons sérieux: doit-on avoir fait le Cours Florent pour affirmer que Kad Merard est un mauvais acteur de cinéma? Combien d’années de solfège pour certifier que les albums de Bénabar ne frôlent pas le génie? Besoin d’avoir fait l’école nationale de la magistrature pour dire que Rolland Courbis n’a pas toujours été honnête vis-à-vis de la justice? Non.
Maintenant pourquoi ne pas pousser le raisonnement encore plus loin afin de démontrer sa bêtise: seul Lionel Messi peut donc critiquer Cristiano Ronaldo? Et inversement.
Sportix please !!!

del-bello-specVous reprendriez bien un peu d’arbitrage?

Cette recherche permanente de crédibilité est proche du ridicule: devoir étaler son CV afin de se sentir légitime ne pèsera rien face aux bavures permanentes. Surtout que cela n’est en aucun cas le sujet de base: le débat est ailleurs, à savoir la culture sport du pays. Comment élever la discussion sans s’auto-congratuler et être méprisant? Car c’est bien beau d’avoir la parole en permanence, mais si c’est pour mal s’en servir… Au lieu de parler de jeu, de tactique et autres, la majorité des consultants préfèrent râler en permanence sur l’arbitrage ou polémiquer sur la sortie médiatique d’untel. A la mi-temps et entre deux highlights du Barca, on évoque le pénalty non-sifflé ou le carton rouge sévère. Pour le jeu, on verra ça plus tard. Ou pas. Enfin parait-il qu’une erreur d’arbitrage est beaucoup plus grave pour l’image du football qu’un festival de simulations ou que des mauvais choix stratégiques d’entraineurs. 

De par le traitement des informations, il est évident que le travail est mal ciblé. L’affaire Evra en est le dernier exemple le plus probant. Le « deux fois meilleur arrière gauche du monde » a fait du bruit car il s’est attaqué à la corporation. On touche pas aux copains et l’ensemble de la profession s’est chargé de le recadrer. Dans le même temps, on apprenait l’altercation Ribéry-Houllier… qui n’a fait absolument aucun ramdam. Pourquoi? Parce qu’il ne faut surtout pas égratigner le meilleur joueur français du moment, en route pour un possible Ballon d’Or. Cette façon de faire est-elle honnête?
Pat La Menace est en aucun cas défendable sur le manque de connaissance dont il a fait part envers les carrières de Luis Fernandez et Bixente Lizarazu, encore moins quant à ses moqueries sur l’obésité de Pierre Ménès et sa suffisance naturelle. Mais force est de reconnaitre que c’est deux poids-deux mesures avec les journalistes. Une injustice de traitement qui a pour cause l’égo surdimensionné de personnes qui n’acceptent pas la divergence alors qu’elles passent leur temps à décrier. Dans ce genre de cas, on reste dans une vision franco-française en permanence: là on zappe volontairement le dossier Ribéry car le voir tout en haut de l’affiche fera beaucoup de buzz, tout comme mettre Evra (joueur symbole de Knysna par excellence) à terre. Caustique après de venir donner des leçons de comportement ou de discuter pendant 107 ans de l’attitude des joueurs.
Heureusement, certains ne tombent pas dans le piège et des magasines comme So Foot ou des émissions comme L’After Foot font la résistance dans le monde de la footixerie.

Mais la majorité des journalistes, par l’intermédiaire de la surreprésentation des consultants, s’attardent plus sur le futile qui fait vendre que sur le primordial qui dérange ou instruit. Un manque de clairvoyance qui conforte le public dans son manque de connaissance et qui continue de creuser le fossé qui nous sépare de nos voisins européens.
Le plus important est ailleurs pour les journalistes, à savoir l’image qu’ils renvoient, l’attention qu’ils reçoivent et l’animosité qu’ils déclenchent.
Avec de tels procédés, pas étonnant de voir les sportifs se « lâcher ». Hier le tennisman Benoit Paire, tout juste éliminé au 1er tour du tournoi de Bercy, s’est fendu d’une petite sortie médiatique très poussée: « Dès mon entrée sur le court, j’ai entendu des sifflets. Les gens ne comprennent rien, ils sifflent tout. Ce sont des abrutis. Je suis 26ème mondial, eux ils sont combien pour siffler? » Visiblement, seul 25 personnes peuvent le critiquer. Autant pour nous, autant pour la culture sport.

JB

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