Top 5 Championnats du Monde Athlétisme, Numéro 1: TOKYO 1991

powell

Lewis-Powell, Powell-Lewis: deux noms à jamais collés grâce à un irréel concours de la longueur.
Carl Lewis débute en fanfare avec 8m68. A son troisième essai, il décolle pour retomber à 8m83, avec cependant un vent trop puissant. Powell, qui stagne à 8m54, attend sa quatrième tentative pour sortir le grand jeu: le saut semble énorme… mais les juges l’annoncent mordu. Commence alors un stand-up où l’ami Mike se met à genoux devant les officiels après avoir harangué la foule.
King Carl reste imperturbable et à son quatrième essai, il s’envole comme jamais avec une planche parfaite: 8m91, nouveau record du monde !!!! Mais encore une fois, le vent est trop fort et la marque ne peut être homologuée. Au sommet de son art, le roi de la longueur semble intouchable, comme toujours. On se dirige vers le même podium qu’à Séoul avec un tiercé Lewis-Powell-Myricks.
Mais ce 30 août 1991, l’inimaginable va s’en mêler et mettre fin à dix années d’invincibilité du Roi Lewis. De fait, Powell sort un saut unique à son cinquième essai: course rapide, planche facile, jeu de jambe niquel et marque hors norme. 8m95. 8M95, une distance impensable qui efface le vieux record du mythique Bob Beamon à Mexico 1968. Son explosion de joie renverse tout le stade et terrasse Lewis… qui fera deux derniers sauts à 8m87 et 8m84.
La densité de ce concours reste inégalée, tout comme son scénario. Carl Lewis n’a jamais été aussi fort à la longueur et pourtant, il s’incline. Powell met fin à quinze défaites de suite contre Lewis au terme d’un mano à mano de légende.
Aux Jeux Olympiques de Barcelone, la revanche donnera lieu à un retour à la normale: Lewis 1, Powell 2. Mais les 8m95 tiennent encore aujourd’hui et resteront peut-être comme le plus grand exploit de l’histoire de l’athlétisme.
Malgré cette incroyable défaite, Carl Lewis reste l’homme de ces championnats du monde. Sur la distance reine, il s’impose dans le 100m le plus rapide de tous les temps. Six hommes sous les 10 secondes, record du monde pour le boss du Santa Monica Club dans un triplé américain historique (Leroy Burrell prend l’argent, Dennis Mitchell le bronze). Avec une telle équipe à laquelle on ajoute la bombe Andre Cason, les USA écrasent le relais 4x100m avec un incroyable 37″50 qui efface des tablettes le record du monde du quatuor Morinière-Sangouma-Trouabal-Mari-Rose. Mauvais perdant, ce dernier pose le pied sur le podium des américains lors de l’hymne national: le fair-play made in France sûrement…

L’édition nippone reste également dans les annales comme le terrain des premiers exploits de trois futures légendes de l’athlétisme; à savoir Michael Johnson (200m), Marie-José Pérec (400m) et Lars Riedel (disque).
A Tokyo, les hommes sont littéralement déchainés et les records des championnats tombent comme la pluie: Noureddine Morceli (1 500m), Yobes Ondieki (5 000m), Maurizio Damilano (20km marche), Dan O’Brien (décathlon) ou encore Serguei Bubka (perche) laissent leur empreintes pour toujours.
Sur 800m Billy Konchellah conserve son titre, tout comme Werner Günthor au poids.
Le 10 000m appartient au Kenya avec le doublé Moses Tanui-Richard Chelimo, tout comme le 3 000 steeple grâce à Moses Kiptanui et Patrick Sang.
Le 400m haies voit Samuel Matete succéder au fabuleux Edwin Moses, présent dans le stade et tout sourire comme à son habitude. Avant d’être convaincu de dopage en 2008 et de se suicider en 2010, Antonio Pettigrew a ouvert son compteur de médailles au Japon: or sur 400m, argent sur le relais 4x400m battu sur la ligne par un étonnant Kriss Akabusi.
Positif, Greg Foster l’a été aussi en 1990 mais cela ne l’empêche pas d’être sacré pour la troisième fois de suite sur le 110m haies en cassant mieux que Jack Pierce sur la ligne.
L’exubérant Kenny Harrison remporte le triple saut pour trois petits centimètres face au champion d’Europe Leonid Voloshin: un salto en prime pour fêter ça.
Fin de carrière magnifique pour le monstre du marteau Yuriy Sedykh: deux titres olympiques, trois européens et donc un mondial; la boucle est bouclée.

Le sprint féminin connait deux podiums identiques sur 100m et 200m: Katrin Krabbe en or, Gwen Torrence en argent et Merlene Ottey en bronze. Des succès aux goûts suspicieux pour cause de dopage: en effet, l’Allemande d’ex-RDA est montrée du doigt avant de se faire prendre quelques mois plus tard, et ce n’est que justice.
La Jamaïcaine se console avec le relais 4x100m grâce à une dernière ligne droite de folie où elle rattrape Irina Privalova et dépose une Heike Dreschler bien mal lancée. La Russe Tatyana Ledovskaya fait elle coup double avec le 400m haies et le relais 4x400m, devant les ricaines s’il vous plaît.
Une autre soviétique fait sensation en remportant le 100m haies: championne du monde sous le nom de Narozhilenko, elle deviendra reine olympique pour la Suède en 1996 sous l’idendité de Ludmila Engquist.
Hassiba Boulmerka surprend son monde sur 1 500m et devient la première africaine championne du monde: moment à la fois historique et émouvant.
Liz McColgan, à bout de force, court quelques mètres sur la bordure avant de se reprendre pour remporter un 10 000m promis aux chinoises: fatigue et émotion maximale pour la Britannique.
Des surprises ont lieu sur le marathon où la Polonaise Wanda Panfil accélère à 1km de l’arrivée pour arracher la victoire aux pieds d’une Sachiko Yamashita soutenue par tout un peuple. La Japonaise échoue là où son compatriote Hiromi Taniguchi réussit une semaine plus tard: il offre au pays hôte sa seule médaille d’or après un effort surhumain sous une chaleur accablante.

La légende: Jackie Joyner-Kersee
En 1987 à Rome, l’Américaine fait le doublé heptathlon-longueur avec deux records des championnats à la clé, 7 128pts et 7m36. Rebelote en 1988 à Séoul où elle ramasse deux médailles d’or avec 7 291pts (record du monde) et un bond à 7m40 (record olympique). Au Japon, « Jackie » vise la passe de trois. Elle tue le concours de la longueur dès son premier essai avec 7m32, boom. Mais à son troisième essai, c’est le drame: sa cheville tourne et elle s’effondre en larme dans le sable. Malgré tout, elle prend part à l’heptathlon deux jours plus tard: en tête après trois épreuves, elle abandonne son incroyable pari dans le virage du 200m… et laisse Sabine Braun conquérir l’or.
En immense championne qu’elle est, JJK reviendra au top niveau et aura sa revanche l’année suivante à Barcelone où elle dépassera de nouveau la barre des 7 000pts, pour s’offrir un troisième titre olympique. Half woman, half amazing

La course: le 800m F
Une dernière ligne droite complètement dingue voit Lilia Nurutdinova prendre l’or à Ana Fidelia Quirot d’un cheveux. La Roumaine Ella Kovacs s’écroule au sol avant la ligne mais arrache le bronze du cou d’une certaine Maria Mutola. Les quatre premières se tiennent en 0,13s. Le concours: la hauteur H
En passant 2m40 au meeting de Zurich trois semaines auparavant, Charles Austin avait annoncé la couleur: il faudra aller haut pour être champion du monde. Cela n’allait pas être un soucis avec dans les parages Javier Sotomayor, Hollis Conway, Dalton Grant, Troy Kemp ou encore Marino Drake. Ces deux derniers calent à 2m34 quand les autres passent tous 2m36. L’explication a lieu à 2m38, barre que seul Charles Austin passe non sans oublier de la fixer avec arrogance. Sotomayor tente un essai à 2m40 avant d’abandonner.

La perf: Heike Henkel
A la suite d’un véritable récital, l’Allemande remporte l’or à la hauteur en passant une barre à 2m05, record personnel. Le podium a des allures d’excellent millésime aujourd’hui: en effet, l’argent revient à la précoce Yelena Yelesina (championne olympique en 2000) et le bronze est pour Inha Babakova (championne du monde à Séville en 1999). La bavure: le verdict du 50km marche
Sous la pluie, les russes Aleksandr Potashov et Andrey Perlov passent la ligne ensemble, bras dessus, bras dessous: un geste magnifique qui prouve une fois de plus que le sport peut nous réserver de beaux moments malgré la compétition qui sévit entre les athlètes. Mais les officiels ne font pas dans le sentimentalisme et jouent avec le ridicule en déclarant Potashov vainqueur pour 0,01s.
Les cons ça osent tout parait-il

JB.

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